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Par anais | 2016-06-07 16:25:57 | 1472 vues | 0 Commentaire

Dans le cadre du 9e Bastille Festival, la compagnie Exchange Theatre jouera sur scène un classique de Molière : Le médecin malgré lui, dans une version inédite et contemporaine. Au détour d’une de leurs répétitions, David Furlong, metteur en scène et comédien, nous entraîne au cœur du processus de composition de la pièce. 

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Vendredi matin, direction London Bridge où les comédiens de l’Exchange Theatre se retrouvent quotidiennement dans un appartement réaménagé en studio de répétitions. Ici, ça parle en français et ça répond en anglais. Car là est la particularité de la compagnie, ses comédiens sont tous bilingues et multiculturels.

« Notre vocation, c’est de faire découvrir le théâtre français aux Anglais, en traduisant les pièces dans la langue de Shakespeare. On s’inspire de tout ce qu’il se fait ici tout en y apportant notre touche française. Forcément, il nous faut des comédiens qui maîtrisent très bien les deux langues. Mais en plus de ça, et sans le vouloir, on s’est rendu compte que près de la moitié de la compagnie est binationale. On a un franco-suisse, franco-britannique, franco-mauricien ou des français qui vivent ici depuis des années. Et c’est ça que l’on souhaite avec l’Exchange Theatre : réunir toutes ces cultures différentes autour d’un même art. »

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Nous explique David Furlong, fondateur de la compagnie mais aussi comédien et metteur en scène de la pièce. Mais ce n’est pas la première fois que Le médecin malgré lui et l’Exchange Theatre se rencontrent, puisque le lycée français Charles de Gaulle avait demandé à la compagnie de jouer ce classique pour ses élèves l’an passé. Mais pour le Bastille Festival, ils la rejouent cette fois avec une nouvelle mise en scène et des comédiens professionnels. 

« Quand il a fallu chercher quelle pièce jouer pour le festival, c’est venu comme une évidence. Mais cette fois, nous allions la jouer en français mais aussi tout en anglais. Cette pièce est géniale, bien que très peu jouée. Elle est drôle mais aussi pleine de vérités, toujours d’actualités aujourd’hui. Car derrière ses farces et ses personnages comiques, Molière dénonce de vrais problèmes, et qui sont encore d’actualité. Dans Le médecin malgré lui, il aborde le mariage forcé, la violence conjugale… Et il n’hésite pas à taper sur tout le monde, les hommes comme les femmes d’ailleurs.»

Pour cette nouvelle mise en scène, David a choisi de transposer la pièce au temps d’aujourd’hui. Exit la grande toge de médecin du 17e et bonjour l’uniforme d’infirmier style « Urgences ». Pas de réappropriation totale, car ce spectacle a bien pour but de faire découvrir l’univers de Molière. David conserve donc le texte de base mais change d’époque.

« Le contemporain, c’est un moyen de connecter le public avec la pièce. J’ai donc choisi l’imagerie qui colle avec. Aujourd’hui, les images qui nous marquent le plus sont celles du cinéma et de la pop culture. C’est pourquoi on a incorporé des éléments du style Breaking Bad et Pulp Fiction dans la pièce mais qui sont toujours cohérents avec l’histoire. Quand je commence la mise en scène, je me demande toujours « si Molière avait écrit cette pièce aujourd’hui, comment l’aurait-il fait ? ». L’objectif est d’apporter du modernisme tout en étant fidèle à son esprit. Enfin modernisme… Quand on joue du Molière, on découvre en quoi son langage et ses histoires sont profondément modernes et universelles. Il y a des blagues, quand on les joue, on ne penserait pas qu’elles aient été écrites par lui, c’est surprenant. Et on se rend compte que les humoristes d’aujourd’hui écrivent de la même façon. »

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Comment se passe la mise en scène d’une pièce de Molière ?

« Je commence par rechercher le contexte de l’époque où la pièce a été écrite. À partir de ça, je me demande quel univers collerait avec pour rendre ça pertinent pour un public d’aujourd’hui. C’est là que viennent les premières idées : quelle époque, quelle imagerie.  On passe par les castings. C’est une étape qui a son importance, il faut, en plus du talent évidemment, que humainement ça colle. Être comédien, c’est être ouvert et plein de générosité car le théâtre c’est un moment de partage, c’est vivant. Après ça, on se lance dans les répétitions. »

C’est au total près de six mois de préparations. Durant les répétitions, metteur en scène et comédiens travaillent ensemble pour trouver « l’âme » de la pièce. 

« Quand je monte une pièce, je sais ce que je veux mais je ne sais pas exactement comment je le veux. C’est pour ça que nous travaillons librement ensemble, on échange, on se conseille, on teste. On teste beaucoup de chose d’ailleurs. Car pour trouver le truc, il faut savoir se perdre. On s’autorise évidemment à prendre quelques aises en ajoutant des détails ou des passages qui ne sont pas dans le texte. Généralement ils comblent un certain manque que l’on ressent quand on joue. Et ça donne des trucs carrément géniaux ! »

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Car si la mise en scène nous entraîne indéniablement dans le monde de Molière, nos comédiens n’hésitent pas à ajouter leur propre touche, qui donne ce petit plus à la pièce. 

« On veut restituer quelque chose de fidèle tout en étant raccord avec l’imaginaire et les codes d’aujourd’hui. Par exemple : au 17e siècle, les personnages aux accents paysans faisaient marrer tout le monde et il y en a deux dans la pièce. Aujourd’hui, un ça passe mais deux c’est trop. Du coup on a choisi d’en faire parler un avec un bon accent british. C’est plus pertinent et ça colle aussi avec le contexte multilinguistique de la compagnie. Bon, maintenant on cherche comment faire pour la version anglaise. »

Traduire une pièce française en anglais, c’est facile ? 

« Pas toujours. Pour Le médecin malgré lui, j’en avais trouvé plusieurs mais l’une était trop américaine, l’autre trop littéraire ou bien trop évasive… Du coup j’ai fait un mélange de tout ça. La difficulté c’est que toute chose à son équivalence dans une autre langue mais pas une traduction au sens propre. C’est pourquoi il faut une connaissance approfondie des deux langues pour pouvoir trouver la bonne équivalence. La différence entre le français et l’anglais, c’est qu’on a un style plus direct mais qu’eux utilisent moins de mots. »

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En plus d’être le metteur en scène, tu joues aussi Sganarelle, l’un des personnages principaux de la pièce. Ca n’est pas compliqué de concilier les deux ? 

« Pas vraiment, car bien que joue un personnage central, il n’est pas celui qui fait le plus avancer l’histoire. En fait, il lui arrive beaucoup de chose mais qui n’est pas vraiment de son fait, du coup il « reçoit » beaucoup mais donne peu, il se fait guider par les autres. C’est donc plus facile pour moi. Et puis avant les représentations, je fais venir quelqu’un de complétement extérieur à la pièce pour me donner son avis, voir si tout est clair et si nos choix sont compréhensibles par le public. Ça me permet de prendre du recul. »

Pour rappeler un plus Molière, les décors ont été conçu pour être démontables, comme lorsque celui-ci était en tournée avec sa compagnie, avant sa grande époque au Palais-Royal. Un écho qui n’est pas si anodin puisque la compagnie envisage elle aussi de faire voyager la pièce en dehors de Londres. 

La première représentation a lieu dans une vingtaine de jours maintenant, dans quel esprit vous êtes à ce stade ?

« Là on entre dans les répétitions « intensives ». Le mot d’ordre : précision. Il faut jouer beaucoup, beaucoup, beaucoup de fois avant de réellement la jouer sur scène. Connaître la pièce par cœur mais savoir rester souple. Car le théâtre, c’est de la précision mais aussi beaucoup de souplesse. Il ne faut pas seulement jouer la pièce, il faut la vivre. Et pour ça il faut connaître suffisamment le texte pour pouvoir se donner un peu de liberté tout en étant juste. » 

Et pour en avoir vu quelques brides, l’Exchange Theatre vous offre là un beau et bon moment, qu’il serait dommage de louper. Alors réservez-vite vos places pour Le médecin malgré lui au Bastille Festival ici, du 21 juin au 17 juillet. À vous de voir si vous préférez Molière en français ou si vous vous tentez à l’expérience anglophone.

Concours : Gagnez deux places pour la représentation du 29 juin. Pour jouer, c’est simple. Envoyez-nous un email à [email protected] avec Médecin Malgré lui dans le titre. Le premier à avoir répondu sera notre gagnant ! Good luck ! 

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