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Par anais | 2016-07-15 13:32:39 | 1894 vues | 0 Commentaire

Bientôt trois semaines que le « leave » a remporté le vote. Déception, remise en question, panique ou indifférence, petit tour d’horizon sur ce que vous pensez de la situation britannique. 

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Illustration par Agathe Sorlet. Son Instragram 

Au lendemain du 24 juin, jour des résultats du référendum votant la sortie ou le maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne, une certaine panique s’est fait sentir au sein des communautés expatriées, française ou européennes. « Doit-on partir dans les jours à venir ? », « Est-ce que je dois demander un passeport ou un VISA pour rester ici ? ». Sur les réseaux sociaux, ce sont principalement les futurs arrivants, encore en France, qui s’interrogent le plus quant à leur possibilité d’entrer sur le territoire anglais. Les étudiants s’inquiètent pour leurs jobs d’été ou leur échange universitaire. Mais trois semaines plus tard, quand est-il ? 

Comme beaucoup d’entre nous, pour Alix, 25 ans et Cyrielle, 27, persuadées que le Brexit ne passerait jamais, la nouvelle a été une véritable surprise. Mais pour Franck, 30 ans, la victoire du leave ne l’a été qu’à moitié.

Franck : « Beaucoup de gens ne sont pas allés voter car ils pensaient que de toute façon, ça ne passerait pas. Et maintenant, ils se lamentent du résultat. Pour être honnête, la situation d’aujourd’hui me fait plutôt rire car le leave a gagné mais tout le camp « leave » fout le camp justement, car ils ne savent pas quoi faire. C’est assez drôle à voir même si c’est très triste. Pour moi, le Brexit est l’un des plus gros échecs politique d’un pays. »

Depuis, certains ont déjà noté une certaine montée du rejet de l’étranger, comme Claire, 25 ans, qui travaille en fiscalité internationale. 

« Dès le lendemain, j’ai eu droit à des remarques à deux balles, notamment au boulot où l’on me demandait ce que je faisais encore ici, pourquoi je n’étais pas déjà dans l’Eurostar. »

Globalement, les Français de Londres s’entendent sur le fait que vivre dans la capitale nous protège un peu plus de ce genre de comportement. Pour rappel, la ville avait voté à environ 60% pour rester dans l’UE.

« Je pense que le fait d'être à Londres ne nous donne pas la même perception des Anglais. Ici, les gens sont perçus comme ouverts et cosmopolites alors que dans les autres villes d'Angleterre, il y a un vrai malaise et un rejet des étrangers. Nous avons le même problème en France où des partis politiques populistes, des personnes célèbres, des autorités religieuses, etc. montrent leur "ugly face"  en jouant sur les amalgames et le désespoir d'une population souffrant socialement. Au Royaume-Uni, l’UKIP est dans mon radar : leur populisme, leur faux "on-n’est-pas-raciste-mais-on-a-des-liens-avec-des-gens-chelous" et leur opposition à l'UE cache une véritable peur ou haine de l'autre. Je me suis battue contre ce genre de partis en France et je vais continuer à me battre pour le futur européen. » 

Explique Cyrielle, ancienne Erasmus qui a décidé de rester vivre ici avec son compagnon anglais.

Cette « victoire » du leave, qu’en pensez-vous ?

Claire : « Ce qui m'a le plus perturbée c'est le manque de débat. Me dire que l'on mettait l'avenir de notre Europe entre les mains de gens qui ne connaissent absolument rien sur l'Europe. Ce sentiment de voir se jouer sous tes yeux la décision la plus importante après la chute du mur de Berlin et de ne rien pouvoir faire... Ça m'a fendu le cœur ce résultat. J'aurais pensé un résultat du « out » plus franc, du genre 60% contre 40%. Ça m’a presque surprise que ce soit si serré. Cette campagne à deux balles fondée sur des craintes juste par manque de pédagogie de la part des politiques... Je suis une vraie démocrate dans l'âme et je me sens 100% européenne. J'étais très en colère d'entendre toutes ces insanités autour de moi, que le budget payé par l’UK toutes les semaines seraient maintenant reversé à la NHS et toutes ces conneries. »

Franck : « La campagne du Leave a été une grande désinformation. Certains ont voté sans savoir ce que ça engendrerait réellement. Ca a créé une certaine division au sein du pays, il ne sait pas où il va et il a perdu beaucoup d’argent. Aujourd’hui, je ne sais même pas si le Brexit va vraiment se faire. Surtout que si demain ils refont un vote, le Remain gagne, pour sûre. »

Un point que soulève également Alix, aide-soignante qui vit à Londres depuis 2 ans, en rappelant qu’un référendum est à titre indicatif et que le Parlement peut décider de la décision finale, et donc de ne pas suivre la volonté du peuple. 

« D’autant que le Parlement britannique était à 70% pour le « Remain ». Pour moi ça démontre un gros problème et que rien n’a été expliqué aux anglais. » 

Ajoute Claire. 

Et nous maintenant, qu’est-ce qu’on devient ? Après la grande débâcle quant à la succession de David Cameron, ancien Premier Ministre et les divers propos de politiciens qui ne pouvaient assurer le futur des expatriés, c’est toujours dans le flou que nous avançons. Bien que Theresa May, du parti des Conservateurs, ait officiellement pris la succession de David Cameron il a quelques jours, il est entendu qu’il faudrait bien 2 ans avant d’en savoir un peu plus quant à notre avenir en territoire britannique. 

« Pour le moment, c’est 2 ans d'incertitude devant nous quant au statut des citoyens européens en UK. Ce qui m’inquiète le plus pour le moment, c’est plutôt de savoir si l’on sera toujours bien accueilli partout, la montée des actes racistes envers les citoyens européens, la division au sein du pays et des partis etc... Mais d'un autre côté, je me dis que des accords seront trouvés avec l’UE et qu'il y aura des facilités pour nous.»

Nous confie Alix. Un sentiment que partage aussi Claire.

« On ne sait pas de quoi demain sera fait mais je ne pense pas qu'on sera très touché. Même s’il nous faut finalement un VISA, il serait pris en charge par notre boîte. Hors de question pour moi de prendre la nationalité anglaise. D'une part, nous n'avons absolument pas de projet de mariage avec mon compagnon britannique et d'autre part, je suis fière d'être européenne. »

Pour Franck, son inquiétude se pose surtout sur ceux qui vivent ici depuis longtemps. S’il faut partir, ce dont il doute fortement, il choisirait tout simplement un autre pays d’accueil. 

« J’attends de voir comment ça se passe mais je m’inquiète plutôt pour ceux qui sont là depuis des années. Quand tu as fait ta vie ici, tu dois être un peu plus inquiet de ce qu’il peut arriver. Quand ça fait 2-3 ans, tu peux encore déménager facilement on va dire. S’il faut partir, j’irais ailleurs. Ma boîte veut ouvrir une branche en Belgique, je pense que c’est lié au Brexit. Mais je doute qu’ils décident de mettre tout le monde dehors, si demain tous les étrangers partent, plus rien ne marche dans le pays. » 

Cette situation de floue, Cyrielle préfère la prendre avec humour.

« Dans mon entourage nous aimons blaguer sur ça, surtout avec mon copain, qui est anglais. Ça détend et fait relativiser. Bien sûr que je me pose des questions, est-ce que les accords vont rester ou pas ? Est-ce que je vais avoir besoin d’un visa ? Si je fais ma vie ici et que j'ai des petits gnomes, comment ça va se passer pour eux ? Est-ce que je vais avoir du mal à trouver du boulot à la fin de la transition ? Est-ce qu'un jour je vais devoir mettre des coups de boule à cause de la couleur de ma peau ? Je finirais simplement sur le fait que Londres ne serait pas Londres sans ce cosmopolitisme, les différentes langues dans la rue et les bars, les différentes couleurs de peau, la richesse culturelle apportée par des siècles d'immigration et les magnifiques couples métisses.» 

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